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Comment la data et les objets connectés peuvent nous protéger

Comment la data et les objets connectés peuvent nous protéger

Pour vendre, engager la conversation et rester en lien avec le consommateur, les objets connectés et le Big Data sont devenus incontournables. Mais en ces temps troublés, comment peuvent-ils nous sécuriser ? Précisions de Jean-Philippe Cunniet.

Les nouvelles technologies doivent prendre toute leur place pour assurer la sécurité des populations à 3 moments clés :

AVANT : mieux prédire les crimes et les attentats avant qu’ils ne se produisent est possible.

PENDANT : mieux réagir au moment d’un attentat, sur le lieu de l’attaque.

APRES : mieux retrouver les coupables, accélérer les enquêtes et les arrestations.

Les algorithmes basés sur le couple « Big Data + Objets connectés » seront les plus efficaces, mais nécessitent l’installation de capteurs connectés dans nos villes.

Les technologies pour prévenir les crimes AVANT qu’ils ne se produisent

Dans le film « Minority Report » (2002), les crimes étaient « prévenus » et empêchés avant même d’avoir été commis, avec l’aide de la technologie. Aux Etats-Unis, Palantir et Forensic Logic, deux sociétés californiennes, réalisent des prédictions de crimes terroristes à partir de données disponibles sur l’ensemble des actions terroristes passées. De même, Future Crimes Institute regroupe des experts techniques de la sécurité afin d’aider les forces de police à comprendre les risques et imaginer de telles solutions.

La plateforme Big Data Kaggle permettait récemment aux meilleurs informaticiens de la planète d’analyser un ensemble de données de sécurité de la ville de San Francisco afin de mettre au point ce type d’algorithme prédictif. Les crimes non prémédités (comme les crimes passionnels) passeront à travers les mailles des algorithmes, mais d’après l’ancien officier de police et conseiller à Interpol, Goodman « l’analyse du Big Data permet depuis plusieurs années de prédire de nombreux crimes prémédités tels que des vols de voitures et les crimes de rue, les vols ou les homicides ».

Ainsi, lorsqu’un « numéro sort » dans la série TV « Person of Interest » (ou d’un algorithme informatique), la police devra décider comment utiliser cette information. Faut-il demander à un juge d’ordonner une surveillance renforcée d’une personne qui n’est désignée « que » par un algorithme ? En l’absence de preuves, la police devra trouver comment utiliser de manière juste ces informations statistiques sans enfreindre les droits des honnêtes citoyens.

Les données ne montrent pas toujours l’ensemble de la situation et les algorithmes décident en fonction de leur paramétrage du moment… L’éclairage des rues est l’une des bonnes armes de prévention : plus une rue est éclairée, plus elle est sécurisée. Faut-il que des drones éclairent des zones sensibles à certaines heures grâce à l’analyse du Big Data sur les risques de crime ? Les données pourraient inclure : le code génétique des suspects ; des informations de reconnaissance faciales ; des retraits d’argent suspects sur des distributeurs de billets équipés de caméras (que les candidats-terroristes utilisent souvent pour recevoir ou transférer de l’argent de/ou à l’étranger).

D’un côté, le Bitcoin est une parade efficace pour rester anonyme dans des échanges d’argent, tout comme « Tor » permet d’acheter des armes de manière anonyme. De l’autre, Coulibaly avait pris un crédit chez Cofidis pour financer son attaque.

Les technologies pour minimiser les crimes PENDANT qu’ils se produisent

Les rues des grandes villes du monde entier vont probablement voir apparaitre encore plus de caméras de vidéosurveillance (incluant des caméras thermiques ou de vision nocturne), tant elles permettent d’accélérer les enquêtes policières. Selon le niveau d’insécurité, ces dispositifs seront de mieux en mieux acceptés (voir réclamés) par les populations. Les caméras de la société américaine, FLIR, sont actuellement parmi les plus performantes. Toutefois, ces technologies doivent permettre de sécuriser les lieux publics sans aliéner les libertés individuelles.

Quant aux portiques de sécurité, il n’est envisageable d’en placer à l’entrée des lieux publics qu’à condition que les gens en soient informés (dans le respect des règles d’affichage fixées par la CNIL). Encore faut-il que le passage se fasse « sans s’en rendre compte ni ralentir » afin de ne pas rappeler à chacun que le monde est moins sûr qu’avant. Il faut que ces contrôles soient « invisibles et fluides ».

Les acteurs historiques de la sécurité tels que Morpho Détection ont un rôle à jouer. Pourquoi n’existe-t-il pas encore une porte tambour incluant un détecteur (de métaux ou d’explosifs) ? Ce type de solution de détection « d’aspect naturel » gommerait l’aspect anxiogène pour les populations. Les images de vidéo surveillance peuvent être analysés par des algorithmes, par des employés ou par… la population. Pourquoi ne pas diffuser de manière anonyme des images de caméras de vidéosurveillance sur internet en changeant régulièrement de caméra pour permettre à chacun de surveiller sa propre ville, son pays ou sa planète de manière collaborative sur le principe « Tu surveilles mes rues, je surveille les tiennes ».

Cette hypothèse avait déjà été lancée pour les images de scans de bagages d’aéroports, mais elle avait été, alors, bloquée par l’opinion publique. Les contrôles de bagages n’ont pas encore pu profiter de l’essor de l’économie collaborative, au dépend de la sécurité. Les Français sont-ils prêts à accepter le principe du « crowd-watching » d’images de vidéo surveillance ? Rien ne sert de crier gare à « Big Brother » puisqu’on redonne aux citoyens le contrôle des images de la vie dans les rues (donc des images déjà publiques par définition).

La détection sonore

Des capteurs d’intensité sonore peuvent permettre la reconnaissance automatique de bruits particuliers tels que des tirs de mitraillettes, qui entraîneraient une alerte automatique des secours. Evitant ainsi qu’un humain prenne le risque de lancer l’alerte en face d’une mitraillette !

La détection d’explosifs

Peut-on remplacer les chiens détecteurs d’explosifs par des objets connectés – un dispositif invisible et non-intrusif – comme pour l’analyse de la qualité de l’air dans les lieux publics ?

La détection des empreintes digitales

Nous sommes tous équipés de smartphones, dont certains modèles permettent de relever des empreintes digitales. Pourtant celles-ci ont déjà été piratées et falsifiées, ce n’est donc pas la solution idéale.

Les drones

Pour assister la police, certaines interventions pourraient être mener par des drones équipés en fonction de leur mission :

– de caméras permettant de prendre en photo les agresseurs, en vue d’une reconnaissance faciale accélérée ;

– d’armes embarquées, pour stopper les criminels, tel que des drones lanceurs de gaz lacrymogène, qui immobilise l’agresseur ;

– des drones d’éblouissement.

Les drones-ambulances testés au Pays-Bas pour apporter les premiers secours permettraient également de gagner du temps pour secourir un plus grand nombre de victimes, en s’appuyant sur la « main d’œuvre locale » déjà présente sur les lieux. Une société française avait voulu proposer des « moto-ambulances » de premier secours, afin de passer outre la circulation, mais cela n’a – malheureusement pour les victimes – jamais été installé.

La géolocalisation

Loin du contraignant « bracelet électronique », les technologies de géolocalisation se sont largement développées avec l’essor des smartphones. Faudrait-il envisager de géolocaliser en permanence toutes les personnes fichées « S » ? Cela pose des soucis de libertés individuelles et doit donc être très bien encadré juridiquement. Nous pourrions ainsi détecter des mouvements suspects et inhabituels notamment lorsque certains individus se rencontrent.

La géolocalisation des smartphones de suspects peut déjà être monitorée en permanence, afin de répondre aux questions suivantes : quels sont les changements de déplacement par rapport à l’habitude ? Quels sont les mouvements anormaux ? Quels sont les rencontres exceptionnelles entre personnes « suivies » par leur téléphone ? Ce sont des pistes, des « traces », qui sont laissées par tous les objets connectées utilisés par les personnes sous surveillance.

La géolocalisation des véhicules

Faut-il imposer la géolocalisation de l’ensemble des voitures afin de pouvoir repérer (ou même stopper automatiquement) tous les véhicules volés ? Les technologies d’analyse vidéos automatisées des plaques d’immatriculation, permettraient également de contrôler les mouvements de véhicules suspects (selon le principe utilisé à Londres pour le paiement du péage d’accès à la ville).

Le partage d’informations entre les forces de police est également indispensable. En Europe, ce n’est possible qu’avec l’instauration d’un gouvernement politique européen commun et d’un ministère de l’intérieur européen. Cela viendra dans les prochaines années, vite, je l’espère. Sans partage de données, comment pouvons-nous suivre des suspects d’une ville à l’autre, d’un état à l’autre, d’un pays à l’autre ? Le terrorisme est global, certains des terroristes de l’attentat de Paris du 13 novembre, étaient en Belgique la veille.

Le Département de Criminalité de l’Université de Pennsylvanie (USA) a développé son propre algorithme pour prédire les prochaines victimes d’homicides à partir d’une grande variété de données. Les réseaux sociaux fournissent également un grand nombre de données à analyser. Les algorithmes savent désormais détecter des comportements, des mots clés ou des échanges suspects. Le 12 novembre, le compte de _jacky_boy_ postait sur Instagram (par amateurisme ou par mythomanie ?) « Lorsque vous verrez cette photo sur BFM, il sera trop tard. »

Les technologies pour gérer la situation APRÈS le crime

L’arrivée des secours

Certains pays offrent la possibilité aux camions de pompiers et aux forces de police de contrôler à distance tous les feux rouges sur leur chemin, afin de les faire passer au vert systématiquement. Dans quelques années, l’avènement des voitures autonomes pourrait faciliter grandement l’arrivée des secours sur place, en envoyant une demande de modification du trajet des voitures situées sur le chemin.

Les crimes sont souvent dus à des récidivistes

Faut-il utiliser des algorithmes pour assister les juges d’application des peines dans leur jugement de la dangerosité des prisonniers à libérer (ou pas) avant le terme de leur condamnation ? Aux États-Unis, c’est déjà possible dans + de 80% des cas, avec l’analyse systématique de 24 données du dossier du prisonnier et de l’âge auquel les crimes ont été commis. Cela aurait permis de réduire le taux de récidive de 15%.

Le suivi après la sortie de prison

Faut-il condamner systématiquement toutes les personnes qui sortent de prison à l’enregistrement de leurs données de déplacements, aux seules fins de consultations ultérieures en cas d’enquête. J’entends déjà les cris des garants des libertés individuelles, et ils ont raison. Mais c’est possible techniquement. La frontière entre les libertés individuelles et la sécurité est fine, et la technologie permet de déplacer le curseur d’un côté ou de l’autre. La décision sur la position du curseur viendra – je l’espère – de la population elle-même.

L'oeil de l'expert avec Yan Claeyssen

La sécurité est l’une des applications du Big Data et de l’IA sur lesquelles les investissements sont les plus importants, ce qui n’est guère étonnant en cette période particulièrement trouble. Néanmoins, il sera nécessaire de mettre des garde-fous pour éviter de sombrer dans un monde type « 1984 ». Le risque est considérable et même si les mentalités évoluent – de plus en plus de citoyens sont prêts à sacrifier une partie de leur liberté face à la nécessaire sécurité – il est probable que ces tendances puissent aisément se retourner contre nous si un contrôle digne de ce nom ne régule pas ces nouveaux dispositifs.

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