Paroles d'experts

Samir et Stéphane

THOMAS : Alors Nicolas, blockchain, c’est le nouveau buzzword ?

Nicolas : Oui c’est vrai que l’on en parle beaucoup depuis quelques mois. C’est d’ailleurs à mon sens assez étonnant car c’est une technologie qui d’une part nécessite encore quelques années de recherche fondamentale pour atteindre son réel potentiel et d’autre part c’est davantage une lame de fond, un changement de paradigme, qu’une innovation prête à l’emploi.

THOMAS : OK, c’est du sérieux… Mais c’est quoi exactement ?

Nicolas : Oui c’est très sérieux. Les blockchains s’appuient d’ailleurs sur des concepts très pointus en mathématiques et en cryptographie.
Pour résumer simplement, une blockchain est une base de données distribuée, c’est à dire sans point central de gestion des données et donc sans tiers de confiance pour la sécurité. Il est donc important de comprendre, quitte à décevoir, que mis à part ces points, tout ce qui est possible avec les blockchains pourrait l’être avec des bases de données classiques.

THOMAS : Le Bitcoin s’appuie déjà sur ces principes ? Est-ce que cela démontre que le système est infaillible, inviolable ?

Nicolas : Ne pas avoir de point central permet d’être « hautement disponible », ce sont des systèmes qui théoriquement ne peuvent pas s’effondrer et dont la rapidité de transaction, du fait de la distribution des données, surpasse ce qui existe aujourd’hui. Mais aujourd’hui les blockchains telles qu’utilisées pour les transactions Bitcoins souffrent de deux limitations majeures. D’une part, l’intégralité de la base de données (l’historique des transactions pour les crypto-monnaies) est visible par l’ensemble des nœuds du système.

Et d’autre part, la base de données est dupliquée à l’identique sur tous les noeuds. Ces deux limitations, le chiffrement des données dans la blockchain et la scalabilité de celle-ci en distribuant son contenu (sharding), seront certainement levées durant les prochaines années et nous pourrons alors imaginer de nombreuses applications allant jusqu’à un internet distribué sans serveur web !

THOMAS : à t’entendre, les blockchains pourraient permettre de réconcilier l’homme et l’informatique, l’individu et ses données personnelles, et puis demain, rétablir la confiance entre les clients et l’utilisation que font les marques de leurs données ? On a envie d’y croire…

Nicolas : Oui en effet, l’identité, la réputation et les transactions sécurisées pourront à terme être contenues dans une blockchain. Un ensemble de services aujourd’hui payant et basé sur ce triptyque (ebay, uber, airbnb, etc…) sera un jour supplanté par un protocole normalisé de transaction de gré à gré sécurisé. Nous serons donc propriétaire de nos pseudonymes et des données associées dans un réseau partagé qui n’appartient à personne.

THOMAS : Dis-moi, je suis sûr que tu as déjà pensé à une killer- application des blockchains, non ?

Nicolas : Oui mais je le garde pour moi ! Plus sérieusement, beaucoup de solutions émergent aujourd’hui autour des micro-paiements. Il est en effet relativement long d’effectuer un paiement sur internet par les méthodes traditionnelles du fait des interactions avec des serveurs centralisés. Les blockchains sont aujourd’hui utilisées en Allemagne pour permettre la recharge par induction de véhicules électriques durant les quelques secondes d’arrêt aux feux. Dans cette application et grâce à la blockchain, la voiture et la borne peuvent interagir directement et conclure une transaction très rapidement et avec un faible coût d’infrastructure.